“Métaphorisme”
Dans Métaphorisme, Patrick Mazingue nous offre une traversée intime à plusieurs voix, une œuvre de poésie partagée, où l’écriture devient territoire commun. Ce livre, composé de 900 aphorismes et fragments accompagnés de 35 poèmes, s’affirme d’emblée comme un objet littéraire singulier, à la fois dense, accessible et profondément humain.
Il arrive que certains livres, sans tapage ni stratégie éditoriale, s’imposent par leur sincérité, leur singularité, ou par une dimension humaine. Métaphorisme de Patrick Mazingue est de ceux-là. Ce qui nous a saisis, c’est le lien familial tissé autour de ce livre : une poésie écrite pour soi, certes, mais aussi avec les siens, dans un geste à la fois littéraire et affectif.
Ce recueil n’est pas le fruit d’un isolement monastique, mais d’un compagnonnage affectif et créatif. La préface, signée de son épouse, trace un portrait touchant de l’auteur, tout en replaçant ses mots dans un ancrage vivant, quotidien, généreux. La couverture est, elle, l’œuvre de Sarah, sa belle-fille, tandis que Gabrielle, sa petite-fille de huit ans, a illustré plusieurs textes avec une fraîcheur spontanée qui dialogue à merveille avec la densité des aphorismes. C’est donc un livre à plusieurs mains, tissé d’affection autant que de mots.
La forme choisie – celle de l’aphorisme, du fragment, du vers bref – permet une lecture libre, morcelée, intuitive. On ne lit pas Métaphorisme d’une traite ; on le pioche, on l’ouvre au hasard d’un moment, d’un état d’âme. Chaque lecteur y trouvera une entrée, un écho, une ligne de fuite.
« Chaque battement de vie
Est
Coup de semonce
Avertissement prémonitoire.
Mais il est aussi
Déflagration poétique
Pour l’initié des fécondités. »
Ces éclats de pensée, souvent empreints d’une lucidité tranquille ou d’un humour discret, dessinent une cartographie du doute, de l’amour, du temps qui passe. Les poèmes, eux, viennent rythmer l’ensemble, comme des haltes lyriques ou des plages de souffle, prolongeant l’introspection par l’émotion.
On retrouve ici, une parenté d’esprit, l’influence assumée de Fernando Pessoa et de René Char : du premier, Patrick Mazingue partage le goût du morcellement, du multiple, de l’énigmatique ; du second, il hérite la tension entre fulgurance et densité, cette capacité à condenser une pensée du monde dans une phrase taillée à vif. Métaphorisme n’est pas une posture littéraire, mais un exercice de présence au monde, par fragments.
Liralest, qui a mis en lumière le livre, souligne la présence d’« une âme ultrasensible » dans l’écriture de Patrick Mazingue. Et c’est exactement cela : une voix qui touche sans peser, qui s’interroge plus qu’elle n’assène, qui fait de la poésie un lieu de circulation intime, jamais démonstratif, toujours sincère.
Métaphorisme n’est donc pas seulement un recueil : c’est un compagnon d’humeur et de passage, à garder à portée de main comme on garde une voix familière à portée de cœur.

















































































