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Jeudi 10 mars 2016

Invitées : Danièle Ohayon, Marie-Laure Le-Foulon

Danièle Ohayon – Les vielles peaux – Prix Lire-en-Soissonnais 2015

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Danièle Ohayon campe son univers de fausse douceur, de lumière mouillée et de perversité. Autour de la Maison des Dames et du personnage central, la toubib humaniste Mars Catalano, se déploie une histoire vénéneuse où le théâtre des apparences perd délicieusement le lecteur. Des terres de l’Aisne à la banlieue parisienne sévit un sérial-killer d’un nouveau genre : un tueur de personnes âgées…

Premier opus d’une série intitulée « La Maison des Dames », ce polar d’idées aborde des sujets de société dérangeants comme le vieillissement et sa place dans la cité.

Dans le petit village de Bruys, situé dans le sud de l’Aisne, quelques maisons ont mérité un
surnom, le petit Paris. Ce quartier y accueille plusieurs personnes ayant résidé dans la capitale. Depuis vingt-cinq ans, Danièle Ohayon y possède une vieille ferme avec son mari, également journaliste, Patrick Fillioud. Il est le fils de Georges Fillioud ministre de François Mitterrand. Pour la famille, cette installation est devenue définitive depuis 2011. Mais elle est liée au hasard.

Danièle Obayon et son époux habitaient le XXe arrondissement de Paris. Leur sortie naturelle de la capitale était la porte de Bagnolet conduisant à Soissons. C’est donc près de cette ville qu’ils ont cherché une demeure. Leur choix n’a pas subi trop d’hésitations.  Le village de Bruys séduit facilement avec ses sages masures en pierre blonde,  un domaine agricole du XVe siècle près d’une ancienne chapelle majestueuse. « C’est tout le contraire de la vie parisienne.Il y a le calme, le silence. Le ciel est étoilé.Il y a des promenades dans un paysage très diversifié, des champs, des forêts, du calcaire, du sable avec des végétations  différentes. J’ai voulu montrer la poésie de cet endroit magnifique, sa beauté. Je suis surprise que souvent les gens ne connaissent pas l’Aisne. »

« Je n’avais pas imaginé écrire un livre. Quand j’ai quitté la radio j’ai eu envie de raconter une histoire »

Ses yeux de couleur noisette s’éclairent. Un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle est sous le charme de ce lieu qui a nourri son premier roman  Les vieilles peaux. • Ici. c’est le contraire de la vie trépidante de Paris, avec le rythme de l’information continue, j’avais besoin de cela, d’une rupture radicale avec ce que j’avais adoré.

Si on m’avait dit que je viendrais vivre là, il y a quelques années, je ne l’aurais pas cru. »

Patrick Fillioud, qui achève lui-même un ouvrage sur mai 68, insiste également sur la particularité de la bourgade « Cesr. un village avec une population très mélangée, des maisons secondaires, des Parisiens installés, un jeune ménage et des anciens ouvriers. » Un tableau propice aux découvertes et aux échanges.

Cette atmosphère règne dans son livre.  Les vieilles peaux décrivent une commune imaginaire, Bandy. Une personne âgée craint un tueur. Ce vieil homme est assassiné. Deux jeunes journalistes mènent l’enquête à Paris et dans l’Aisne. Il y a un jeune homme étrange et un peu timide et une jeune fille, d’origin africaine, sensuelle et très déterminée. « Je n’avais pas imaginé écrire un livre. Comme chroniqueuse radio, j’étais habituée à écrire des textes courts. J’avais ce vieux rêve que je n’ai pu réaliser d’être chroniqueuse judiciaire. Le polar est proche du journalisme. Il parle de la vie. C’est un genre sans prétention même s’il y a de très grands auteurs comme James Lee Burke. J’aime l’intrigue et les personnages. »

Une communauté décidée à agir

C’est   la difficile confrontation avec l’Alzheimer de son père, maintenant décédé, qui a joué un  rôle majeur, une sorte de déclic littéraire Danièle Ohayon est révoltée par cette maladie terrifiante.

Elle efface tous les repères. «J’ai été extrêmement choquée par la manière dont la personne malade perd la  mémoire et le respect des autres. On ne peut pas lui en vouloir. Cela me paraît impossible. »

Les vieilles peaux, publié aux éditions Lemieux, viennent d’une particularité de certains animaux comme le serpent. Ils changent d’enveloppe et poursuivent leur vie. Cela désigne le troisième âge. «La vie ne s’arrête pas après une date de péremption. Les personnes âgées ont toujours leurs idées, leurs convictions, leur caractère, bon ou mauvais. On n’a pas le droit d’enlever à quelqu’un ce qu’il a été au prétexte qu’il l’a oublié. Je parle de personnes qui ont eu une vie pleine et qui continuent de la vivre. Le regard sur celles ou ceux qui ont plus de 70 ans est souvent dévalorisant. Ce n’est pas justifié.»

Mais l’ouvrage n’est pas gagné par un environnement sinistre. C’est bien la vie qui jaillit dans une galerie de caractères, peut-être, un peu trop abondante. Mais l’écriture est efficace. Même s’il y a des descriptions de paysages ou d’êtres, le récit est intense. Chaque mot compte. C’est là, sans doute, l’empreinte du métier de chroniqueuse chargée de suivre l’activité des médias à Radio France. Il fallait hier happer l’auditeur. Au-jourd’hui, il lui faut captiver le lecteur.

Dans le roman, une communauté, les Indignés gris réagissent. Ils veulent mener leur existence dans un esprit de liberté jusqu’à leurs derniers jours. Malgré les attaques du temps et de la maladie. Ils savent s’aimer, s’enthousiasmer. Le deuxième roman, en préparation, se déroule toujours dans l’Aisne. C’est le récit d’une disparition d’une personne de 18 ans avec une intrigue resserrée autour de quelques habitants. Un nouveau défi à la portée de Danièle Ohayon. Elle est, nettement douée, pour débusquer  des histoires oubliées, raconter une terre pleine de silence et de secrets enfouis.

THIERRY DE LESTANG PARADE I

Marie-Laure LE FOULON – LADY MENSONGES

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