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LAMBERT Jean-Clarence

Jean-Clarence LAMBERT est l’un des invités d’honneur du Salon du Livre de Soissons 2016

JC-Lambert

Jean-Clarence Lambert est né le 24 juillet 1930 à Paris. Son aventure intellectuelle, nous dit-il, a commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui n’a pas épargné ma famille (Résistance, déportations, exécutions…). S’il faut un point de repère symbolique, ce peut-être les obsèques de Paul Valéry, place du Trocadéro, le jour de ses quinze ans : « Je m’y trouvai, je m’étais formé à la lecture de Valéry; plus tard, accueilli par son épouse et sa fille Agathe, j’ai établi une édition commentée de ses Écrits sur l’art. Plus tard encore, je serai quelque peu associé aux Recherches poïétiques de René Passeron (CNRS), qui a développé la pensée de Valéry. » Jean-Clarence Lambert rencontre Paul Éluard en 1946 qui l’encourage : « J’aime que Jean-Clarence Lambert se soit donné pour tâche d’élucider les mots, a-t-il écrit, et j’ai voulu ne jamais l’oublier. »

Par la suite, en 1948, il séjourne plusieurs années en Scandinavie, principalement en Suède et aux îles Lofoten : « J’ai cherché un tout ailleurs, une patrie de recommencement. Ce sera la Scandinavie, surtout la Suède. Enchantement du grand Nord mais aussi découverte d’une société plus équitable et plus libre dans ses mœurs, ainsi que d’une poésie méconnue. Amitié et traduction des poètes : Lundkvist, Lindegren (avec qui je travaillerai à la traduction de Saint John Perse pour préparer son Nobel), Ekelöf, Forssell, Tranströmer, Söderberg, Fahlström, Espmark, etc.), ce que je résumerai plus tard dans un livre, à la fois essai et témoignage : La paix Dorée ».

 

Tour à tour lyriques et antilyriques, les premiers livres de Jean-Clarence Lambert paraissent : Dépaysage, le Voir Dit. Suivent des recueils « expérimentaux » aussi bien dans l’usage du matériel linguistique que dans la conception même du livre : Code, Laborinthe. « Aventures dans les dimensions cachées du langage », dira le méta-philosophe Henri Lefebvre, avec qui Lambert aura plus tard une série d’entretiens : « La poésie, pour quoi faire ? », publiée dans le recueil Wozu.  La présence sonore des mots est pour lui l’un des éléments déterminants de la création poétique : « J’interroge la nouvelle musique : Pierre Scheaffer, initiateur de la « musique concrète » et directeur du Club d’essai de la Radiodiffusion Française qui m’accueillera de temps à autre. À New York, Edgar Varese me parlera de sa quête de « moyens d’expression entièrement nouveaux pour explorer l’art du son. » Par la suite, j’entamerai avec le compositeur et musicologue Jean Yves Bosseur une collaboration multiforme : nombreux concerts-lectures (anthologie sonore dans le CD Code, Sonart O27, produit par Jacques Donguy) et une sorte d’opéra, Les labyrinthes, créé à Lisbonne en 1984. Bosseur illustre avec des partitions écrites mon recueil, Le noir de l’azur.

Une première anthologie de l’œuvre poétique de Jean-Clarence Lambert, a pour titre Poésie en jeu. Dix ans plus tard, son anthologie personnelle s’intitulera Le jardin le labyrinthe : « Dans un double effort de prise de conscience historique et de visée mythologique, j’entreprends une anti légende du siècle. Sous forme d’œuvres radiophoniques (ACR avec René Farabet) et théâtrales, ce sera Bris/Collage/K (l’assassinat de Kennedy, décors de Rancillac) et Stalinade, tragédie-bouffe (ubuification du tyran soviétique, décors de Erro), qui provoqueront chaque fois un tel scandale que les représentations de Barcelone, Rotterdam ou Paris, seront interrompues. Une pièce sur De Gaulle-Pétain ne dépassera pas le stade de la dramaturgie et sera publiée comme telle par l’Institut Charles De Gaulle. Les poèmes de l’Anti légende se trouvent dans deux recueils : Les armes parlantes et X-Alta. C’est le discours du bouffon, personnage archétypal qui parle en moi de temps à autre, en alternance avec le puer aeternus (Trillali Trillala ou la langue des oiseaux). Dérangeants l’un et l’autre mais qu’y puis-je ? Je préférerais ne chanter que l’aimance, en communauté d’inspiration avec mon ami, le poète marocain Adbdelkebir Khatibi. »

On le voit, la poésie a toujours été au centre de la vie et des travaux de Jean-Clarence Lambert ; c’est ce qui en organise la diversité dans un réseau, un labyrinthe, un laborinthe, comme il le dit lui-même « où poèmes, théâtre expérimental, critique artistique et littéraire, théorie esthétique, traductions, voyages, sont en corrélation. Mon champ opératoire, c’est la modernité, et la modernité, pour moi, c’est quand toutes les formes sont mises en jeu et peuvent être mises en œuvres. Ayant récusé les modèles canoniques, nous nous découvrons, plus clairement qu’à aucune autre époque, emportés par ce mouvement de construction/déconstruction que nous appelons Histoire. Un bon usage de la modernité, c’est de convertir ce mouvement en liberté créatrice. »

En 1955, il fonde avec Georges Fall et dirige la collection Le Musée de Poche, puis commence à organiser des manifestations poétiques et artistiques : pendant plus de quarante ans, il invite des centaines de créateurs à se produire : « Je croise les artistes un peu plus âgés que moi et déjà pleinement opérationnels qui vont constituer le mouvement Cobra. Affinités certaines, amitiés définitives (Dotremont, Jorn, Corneille, Constant, Alechinsky, Pedersen), échanges fertiles poursuivis pendant un demi-siècle. Il en est résulté une quinzaine de livre (ou plus). En 1997, le Musée Cobra d’Amstelveen consacrera à ces échanges une très complète exposition : « Jean-Clarence Lambert, ontmoetigen med Cobra ».

C’est que, poète, Jean-Clarence Lambert côtoie l’art par le biais de l’écriture depuis ses premières rencontres avec les surréalistes et les artistes du groupe Cobra, à l’aube des années 1950. Ses Écrits sur l’art, réunis en 2012 permettent en cela d’appréhender l’évolution de sa pensée : une « critique de compagnonnage », marquée par l’admiration et l’empathie. Ayant évolué à Paris dans le sillage d’André Breton, aux côtés de Matta, José Pierre et Charles Estienne, J.-C. Lambert se consacre encore bien des années plus tard à l’œuvre des grandes figures, comme André Masson et Joan Miró, mais aussi à la production surréaliste de l’après-guerre, dont l’œuvre du Serbe Ljuba et les collages du Tchèque Jiří Kolàr.

En 1958, Jean-Clarence Lambert commence à traduire en français l’œuvre de son grand ami Octavio Paz (notamment Aigle ou soleil, Le Labyrinthe de la solitude et Liberté sur parole). Par la suite, il collabore avec Roger Caillois à la rédaction du Trésor de la Poésie universelle, paru sous l’égide de l’Unesco : « En traduction, plus exactement, en transcription poétique, j’ai donné au cours des ans des volumes de Paz, Ekelöf, Lindegren, Lundkvist, Sabines, Ballo,Tsutsumi, une Anthologie de la poésie suédoise, des origines à nos jours et deux anthologies des poésies mexicaines, précolombienne et hispanique, ainsi qu’un recueil multilingue Langue étrangère (Cernuda, Schade, Harder, Lucebert, Schierbeck, Kouwenaar, Espmark, Söderberg, Hegazi). » En 1967, Jean-Clarence Lambert fonde et dirige, avec Georges Fall et d’autres critiques, l’importante revue, Opus international.

Robert Sabatier n’a pas écrit en vain de la poésie de Jean-Clarence Lambert – l’infatigable tentant toutes les expériences du langage, du lyrisme à la recherche textuelle, avec un sens de l’espace et des silences, du jeu des mots et des prestiges de la typographie qui peut faire d’un poème un tableau, une présentation graphique -, « sans cesse, il cherche un agrandissement à la mesure de la planète et les grands parcours de la phrase comme ceux de ses multiples voyages et sa prise de conscience planétaire se reflètent partout. » Comme s’il se sentait à l’étroit dans le costume prêt-à-porter de la langue, Lambert en fait craquer les coutures et ne craint pas, suivant le mode de Jean-Pierre Brisset ou de Michel Leiris, à gloser sur le glossaire, à soumettre les mots à une torture dont ils sortent métamorphosés et régénérés, prêts à de nouvelles significations et enfantant des néologismes, mais il n’y a pas que cela chez le savant Jean-Clarence car il connaît aussi les pouvoirs de la poésie la plus traditionnelle — à condition qu’on la viole un peu. »

lambert

Jean-Clarence Lambert et Christophe Dauphin, Paris, octobre 2013.

Christophe Dauphin

(Revue Les Hommes sans Epaules)

 

 

 

 
Œuvres de Jean-Clarence Lambert :

Poésie :

Incantation, Lombard, 1948
Nue et le chant, eaux-fortes de Robert Lapoujade, Debresse, 1953
Elle c’est-à-dire l’aube, lithographies de Corneille, Falaize, 1957
La quête sans fin, dessins de Sugaï, Falaize, 1957
Dépaysage, lithographie de Soulages, Falaize (1959)
Théatrum sanitatis, lithographies d’Achille Perilli, Grafica, 1960
Alea, lithographies de Sugaï, PAB, 1962
Le voir-dit, Éditions de Beaune, 1963
La Belle Noiseuse, illustrations de Jean Filhos, Le Club du poème, 1963
Limbo, illustrations de Enrico Baj, édizioni della Quercia, 1966
Code, illustrations de Vasarely, Le Soleil Noir, 1967
Un rêve collectif, théâtre, Georges Fall, 1968
Laborinthe, Georges Fall, 1973
Blason de l’Ardèche, illustration de Claude Bellegarde,  éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973
DiAmants, lithographies de Jacques Hérold, La Rouvière, 1974
Les Plaisirs difficiles, gravures de Ljuba, Belfond, 1975
Les Armes parlantes, Belfond, 1976
Pratique de la poésie, Belfond, 1976
Le Noir de l’azur, Galilée, 1980
Idylles, dessins de Corneille, Galilée, 1985
Poésie en jeu 1953-1973, choix de poèmes, dessins de Carlos Saura, Galilée, 1986
Main d’aile, eaux-fortes de Jean Miotte, Dutrou, 1991
Accident, gravures de Sugaï, Dutrou, 1991
Le Jardin le labyrinthe, Poèmes 1953-1989, La Différence, 1991
Stalinade, tragédie-bouffe, Somogy, 1997
Trillali Trillala ou la Langue des oiseaux, Somogy, 1998
L’anti-légende du siècle, Syllepse, 1999
Dédalogrammes, Galilée, 2006
X-ALTA, DVD réalisé dans la collection VOuïR, 2009
X-Alta Continuum poétique 1991-2006, Galilée, 2009

Essais, critiques, monographies :

La Jeune École de Paris, 2 vol., Le Musée de poche, 1958
Corneille, Le Musée de poche, 1960
Picasso, dessins de tauromachie 1917-1960, Art et Style, 1960
La peinture abstraite, Rencontre, 1967
Dépassement de l’art ?, Anthropos, 1974
Pays Bas, Seuil, 1975
Alechinsky : Central Park, Yves Rivière, 1976
Karel Appel : éloge de la folie, Yves Rivière, 1977
La poésie pour quoi faire ?, avec H. Lefèbvre, M. Mourier, J.-P. Faye, G. Durozoi, Wozu/Le Soleil noir, 1978
André Masson, Filipacchi, 1979
Grand hôtel des valises : locataire Dotremont, Galilée, 1981
Cobra : un art libre, Chêne/Hachette, 1982
Karel Appel : œuvres sur papier, Cercle d’Art, 1988
Corneille, l’œil de l’été, Galilée, 1989
Kumi Sugaï, Cercle d’Art, 1990
Roger Caillois, La Différence, 1991
Bernard Quentin : des graffiti aux monuments, Cercle d’Art, 1991
Le Règne imaginal, 2 vol., Cercle d’Art, 1991
Constant, Cercle d’Art, 1992
Constant, les aquarelles, Cercle d’Art, 1994
Marta Pan, de la sculpture au paysage, Cercle d’Art, 1994
Constant : New Babylon, art et utopie, Cercle d’Art, 1997
Botero : sculptures, Villegas Editores, 1998
Leopold Novoa, Cercle d’Art, 1999
Constant : l’atelier d’Amsterdam, Cercle d’Art, 2000
Visite à Jean Tardieu, Caractères, 2001
Visites à Jean Miotte, Caractères, 2002
Octavio Paz, le feu des mots, Esperluète, 2004
Paul J. Revel, Somogy, 2008
Cobra, un art libre, précédé de Cobra dans le rétroviseur, Galilée, 2008
Vœu de poésie, Hermann, 2012
Écrits sur l’art, Hermann, 2012

Anthologies :

Poétique de la danse, Falaize (1955)
Chants lyriques des Aztèques, Seghers, 1958
Trésor de la poésie universelle, avec Roger Caillois, Gallimard, 1958
Les Poésies mexicaines, Seghers, 1961
La Paix dorée, Bourgois, 1968
Anthologie de la poésie suédoise des origines à nos jours, Seuil/Unesco, 1971. Réédition Somogy, 2001
Poésie du Mexique, Actes Sud, 1988